Des fils de Bach à Beethoven  

Wolfgang Amadeus Mozart
Johann Sebastian Bach
Dietrich Buxtehude
Johann Friedrich Doles
Carl Philip Emmanuel Bach
Johann Peter Kellner
Johann Ludwig Krebs
Wilhelm Friedemann Bach
Ludwig van Beethoven

Des fils de Bach à Beethoven

André Stricker, orgue


VOL GR 013

Prix d'un CD : 4.90 €


Ecouter un échantillon de toutes les pistes :

Piste, Titre Ecouter Caddie
Dietrich Buxtehude
01. Prélude et fugue en ré majeur (5:38) 0.49
02. "Wie schön leuchtet der Morgenstern" (7:04) 0.49
Johann Sebastian Bach
03. Petit labyrinthe harmonique (4:05) 0.49
Johann Peter Kellner
04. Choral "Herzlich tut mich verlangen" (4:37) 0.49
Wilhelm Friedemann Bach
05. Fugue en fa (4:04) 0.49
Carl Philip Emmanuel Bach
06. Sonate en ré (9:57) 0.59
Johann Ludwig Krebs
07. Choral (4:28) 0.49
Johann Friedrich Doles
08. Choral (3:35) 0.49
09. Choral (2:35) 0.49
Wolfgang Amadeus Mozart
10. Fantaisie en fa majeur (8:58) 0.59
Ludwig van Beethoven
11. Prélude circulaire (3:30) 0.49
Johann Ludwig Krebs
12. Toccata en la (4:40) 0.49

Temps Total 1:03:17

SAINT MAXIMIN : haut lieu des premiers témoignages du christianisme en France, sa superbe basilique élevée au XIII°siècle sur le lieudit du tombeau de Marie-Madeleine, et un orgue à sa mesure, ½uvre d'un des plus grands facteurs du XVIII° siècle: Jean-Esprit Isnard. Celui-ci était né à Bedarrides, village proche d'Avignon en 1707. Il était entré dans l'ordre dominicain, comme frère "laïc", au couvent de Tarascon.

Le 29 Janvier 1772 fut signée une convention entre le Prieur du Couvent Royal de Saint Maximin et le frère Isnard. Vingt cinq ans avant ce contrat, ce- lui-ci avait édifié l'orgue à double buffet de la cathédrale d'Aix-en-Provence, et aussi de grands instruments pour les Dominicains de cette même ville et de Marseille (église St Cannat) dont les majestueuses menuiseries ont été conser- vées, (mais malheureusement pas le matériel sonore). Avec de telles références, la riche Communauté de Saint Maximin, gardienne de la Basilique Royale, pou vait, sans crainte, faire appel à Isnard pour édifier un orgue à l'échelle de l'immense vaisseau. Il serait chargé non seulement de la construction de l'orgue, mais également de la tribune, au dessus de la grande porte. Peu de facteurs ont eu dans leur existence l'occasion de laisser libre cours à leur génie créateur sans connaître les servitudes du fustier, du maçon, voire de l'architecte. Maître d'½uvre efficace, Jean-Esprit Isnard, très largement secondé par son neveu Jo- seph Isnard, conduisit son chantier de telle sorte qu'en 1775, l'orgue était achevé et se dressait majestueux sur sa tribune de pierre blanche.

Moins de vingt ans après, alors que les Comités révolutionnaires organi- saient le pillage légal de la basilique, l'instrument fut épargné: de quels accents dut faire résonner son orgue encore tout neuf l'organiste Fourcade en entonnant une "Marseillaise" historique! Impressionnés, les citoyens Barras et Fréron venus faire cet inventaire, s'en retournèrent à Toulon après avoir donné con -signe à Lucien Bonaparte, alors garde des magasins de l'armée d'Italie instal- lés dans la basilique, de préserver l'orgue, sacré "républicain". Passée la tour- mente, la vie religieuse peu à peu se réorganisa. Mais après le départ de la riche Communauté dominicaine, l'orgue reprit un modeste service dans la paroisse de village qu'était devenue la superbe basilique. Comme elle, il était hors de proportions avec la fortune de ses nouveaux propriétaires et leur budget, suffisant tout juste à l'entretien, ne permit jamais d'y entreprendre la moindre transformation: ceci le sauva. Lorsqu'en 1859, le Père Lacordaire réin- stalla les Frères Prêcheurs dans leur couvent, ceux-ci durent consacrer leurs res- sources à des tâches plus urgentes. En 1880 furent simplement installés des claviers et un pédalier neufs. Ainsi fut franchi ce XIX° siècle, fatal à tant d'instruments classiques.

Mais une nouvelle menace surgit dans les années 1950 : si le buffet d'Isnard avait toujours grande allure, l'orgue, mal entretenu, était à peine jouable, bien que contenant encore tout son matériel d'origine: 2700 tuyaux de la main du facteur, patrimoine unique en Europe. En méconnaissance de sa valeur instrumentale, l'Administration des Monuments Historiques élabora en 1954 le projet d'une restauration devant "compléter" l'instrument selon l'esprit du moment. Un tel traitement venait d'aboutir à la destruction du grand orgue d'Auch, témoin unique de la grande facture française du XVII°, et avait soulevé l'indignation du monde musical. Un comité local, à l'initiative de Pierre Rochas, jeune médecin d'une ville voisine, fit barrage au projet officiel. En toute illégalité, mais avec l'aval de la Municipalité, ce Comité prit la responsabilité et la charge financière d'une première étape de remise en état de l'instrument dans un esprit archéologique. Celle-ci fut réalisée avec une extrême prudence de 1963 à 1967 par le facteur Pierre Chéron, et sous le regard attentif et critique de musicologues, facteurs d'orgues, spécialistes des instruments anciens, fréquemment réunis à la tribune de Saint Maximin. Cette initiative s'inscrivait d'ailleurs dans le mouvement qui, dans les années 60, portait un regard neuf sur la facture de l'orgue classique et sa musique. En 1963, fut créée à Saint Maximin l'Académie de l'Orgue Français qui concrétisera ce mouvement avec les organistes de la nouvelle génération. Michel Chapuis, Xavier Darasse, André Isoir, René Saorgin, André Stricker en seront, chaque été, les principaux animateurs.

Manifestations publiques de cette Académie, des séries de concerts, Soirées de Musique Française, furent organisées, une centaine entre 1963 et 1978, avec autant de récitals d'orgue. Chaque année, ces Soirées attiraient en Juillet des milliers d'auditeurs accourus de toutes parts et de fort loin. On pouvait à nouveau entendre dans son harmonisation première le plus somptueux des in- struments de France, avec l'intégralité de son matériel sonore d'origine: 43 jeux, un grand Plein Jeu de 22 rangs et sa formidable batterie d'anches (10 de la famille des trompettes). L'Académie et son Festival annuel eurent un retentissement national et international, et entraînèrent l'Administration à réviser radicalement sa politique en matière d'orgues historiques, contribuant ainsi à la sauvegarde du patrimoine organistique français. Forte de ces acquis, une grande restauration de l'orgue d'Isnard, exemplaire aux dires de tous, fut menée à son terme en 1990 par le facteur Yves Cabourdin.

Composition de l’orgue :

Positif Grand Orgue Résonance
(1er Clavier) (2me Clavier) (3me Clavier et Pédalier)
Montre 8 Montre 16 Flûte 16
Prestant 4 Montre 8 Flûte 8
Doublette 2 Prestant 4 Flûte 4
Fourniture III G. Fourniture II Dessus flûte 8
Cymbale III P. Fourniture IV Bombarde 16
Flûte 8 Cymbale IV 1re Trompette 8
Bourdon 8 Bourdon 16 2me Trompette 8
Nasard 2 2/3 Bourdon 8 Clairon 4
Quarte 2 Gros Nasard 5 1/3 Chamade 8
Tierce 1 3/5 Grosse Tierce 3 1/5 Cornet V
Larigot 1 1/3 Trompette 8 Trompette 8
Clairon 4 Récit Clairon 4
Chamade 8 (4me Clavier) Chromhorne 8
Voix Humaine 8 Trompette Cornet V
Cornet V Hautbois Cornet V

(Cop. I/II II/III -Tirasse permanente III)

Au cours des années 70, quelques uns de ces récitals avaient été enregistrés sur bandes magnétiques à seule fin d'archivage. Nous ramenant 35 ans en arrière, leur relecture a permis de remarquer la surprenante qualité technique de certaines prises de son, compte tenu du fait qu'elles n'avaient pas été effectuées en vue d'une quelconque reproduction. Mais il est apparu que nous avions là d'exceptionnels documents, historiques à plus d'un titre:

Ces enregistrements avaient été réalisés dans une ambiance acoustique idéale: un vaisseau dans lequel se pressaient près d'un millier d'auditeurs. De toute évidence, Isnard avait conçu et harmonisé son orgue pour être entendu dans une basilique remplie par la foule de ce lieu de grand pélerinage. (à la différence de la plupart des prises de son qui sont réalisées dans des nefs vides, souvent trop réverbérantes)

Document historique, faisant entendre l'orgue après sa première restauration qui avait conservé le tempérament égal auquel il avait été accordé au XIX° siècle. Ceci permettait, et permit alors l'exécution d'½uvres polytonales de la période symphonique (ici Liszt et Franck). La grande restauration de 1990 a restitué avec raison, mais non sans discussions, un tempérament inégal du type de ceux en usage en France au XVIII° siècle. Elle ne permet plus d'entendre dans de bonnes conditions la musique de la période symphonique.

Mais surtout, le témoignage de deux grands musiciens trop tôt disparus, Xavier Darasse et André Stricker, dans toute la plénitude de leur art, instantané musical des années 70. Au delà d'une technique sans faille, parfois éblouissante, ils avaient acquis la connaissance et la mise en valeur de la riche palette sonore de ces instruments dont on réapprenait à exploiter les ressources. A inscrire à leur mérite, voire à leur courage, d'avoir affronté une mécanique, mal restaurée au siècle précédent, et dans un état détestable : dureté et inégalité d'enfoncement des touches des claviers manuels, pédalier peu fiable. Tous ces défauts majeurs ne sont guère soupçonnés, telle est l'habilité des interprètes ; l'exécution de certaines ½uvres relevait d'un véritable exploit, sinon de la performance physique!

Enfin, ces documents témoignent de l'ambiance extraordinaire qui régnait lors de ces récitals, de la tension émotionnelle qui planait sur ce public, de l'enthousiasme aussi.