Histoire du soldat  

Igor Stravinski
Charles-Ferdinand Ramuz
Histoire du soldat
Ensemble Instrumental "En coulisse"
Romain Canard, Récitant et mise en espace
Aude Périn-Dureau, violon
Paul Apélian, clarinette
Magali Cazal, basson
Dominique Bougard, cornet à piston
André Canard, trombone
Jean Ané, contrebasse
Isabelle Canard, percussion

Jean-Marc Boudet, Direction musicale

VOL V 601

Prix d'un CD : 4.90 €


Ecouter un échantillon de toutes les pistes :

Piste, Titre Ecouter Caddie
01. Marche du soldat1 (02:55) 0.49
02. Scène nr.1 (06:28) 0.49
03. Marche du soldat 2 (04:23) 0.49
04. Scène nr.2 (07:44) 0.49
05. Scène nr.3 (04:58) 0.49
06. Marche du soldat 3 (04:00) 0.49
07. Marche Royale (06:16) 0.49
08. Petit concert (03:30) 0.49
09. 3 danses (06:36) 0.49
10. Danse du diable (01:45) 0.49
11. Petit Choral (00:58) 0.49
12. Couplet du diable (00:43) 0.49
13. Grand choral (06:08) 0.49
14. Marche triomphale (02:12) 0.49

Temps Total 57:00

Total Time 61:00

live-Videorecording, SAV-PRODUCTION

« Maintenant, je comprends pourquoi dans L’Histoire du soldat il y a le diable ! » s’écrie Jean Genêt en sortant d’une entrevue avec Igor Stravinski dans les années 60.

Lorsque Stravinski (1882-1971), compositeur fêté des Ballets Russes à Paris, s’exile en Suisse pendant la Première Guerre, sa fréquentation du cénacle d’artistes suisses est fructueuse, en dépit de moments difficiles (Révolution russe, divers deuils). Adapté aux conditions économiques, leur projet d’un spectacle de tréteaux naît, un spectacle qui se doit d’être restreint et transportable, universel par sa thématique. Avec Charles-Ferdinand Ramuz (1878-1947), écrivain vaudois en quête de grands mythes rendus populaires, ils adaptent un conte tiré du recueil russe d’Afanassieff (héritage des guerres napoléoniennes). Ce conte met en scène les tribulations d’un soldat déserteur et du Diable avec lequel il pactise. Lorsque celui-ci lui ravit son violon en échange d’un talisman (Scène du livre), il capture par là son âme. Comme Faust de Goethe (l’emphase romantique en moins), le soldat est in fine damné dans la Scène des limites franchies. Grâce à un mécène clarinettiste (W. Reinhart) et à la direction musicale d’Ernest Ansermet, la création de l’Histoire du soldat, « lue, jouée et dansée en deux parties » se déroule à Lausanne le 28 septembre 1918 dans la mise en scène et les décors de René Auberjonois. Après le fléau de la Grande Guerre, celui de la grippe espagnole stoppa là les itinéraires de cette production suisse. Quels dispositifs scéniques et musicaux activent cette Histoire du soldat, un an après son conte Renard, quelques mois après le scandaleux Parade de Satie et Cocteau à Paris ?

Le dispositif scénique aligne en toute visibilité un lecteur, deux personnages joués (le soldat, le diable) et deux dansés (le diable et la princesse, Georges et Ludmilla Pitoëff à la création), tous situés près des musiciens. A l’instar du cirque de Parade, ce dispositif perpétue la tradition médiévale des tréteaux ambulants où tout est visible, tout est spectacle. C’est d’ailleurs dans cet esprit que se situe la production du DVD, grâce à l’interactivité développée entre le comédien (Romain Canard) et ses complices sous la baguette de J.-M. Boudet. Les divers modes de narration – du parlé au mélodramatique, du gestuel au dansé – sont d’une redoutable efficacité au fil de sept tableaux. En passant sans transition de la nature (Scène au bord du ruisseau) aux intérieurs (Scène du sac, Scène du jeu de cartes), le spectateur-auditeur est happé par la cruauté méphistophélique du conte. Suivre les aventures du soldat violoneux ayant réussi son ascension sociale (époux de la princesse), puis déchu pour avoir franchi les limites, est en effet captivant. Au-delà des péripéties, des interrogations intemporelles surgissent au détour des scènes. Selon la sensibilité de chaque spectateur, des interrogations morales, sociales (ne pas céder à la tentation des transactions bancaires …) ou métaphysiques se font jour.

Quant au dispositif musical, le choix du septuor alliant 2 instruments à cordes (violon, contrebasse) et 4 vents (clarinette, basson, cornet à pistons, trombone) aux percussions s’avère un atout dont Stravinski s’explique. « Je décidai m’arrêter à un groupe d’instruments où pussent figurer les types les plus représentatifs, l’aigu et le grave (…). Autre chose me rendait cette idée particulièrement attrayante, c’est l’intérêt que présente pour le spectateur la visibilité de ces instrumentistes ayant chacun à jouer son rôle concertant. Car j’ai toujours eu en horreur d’écouter la musique les yeux fermés, sans une part active de l’oil. La vue du geste et du mouvement des différentes parties du corps qui la produisent est une nécessité pour la saisir dans toute son ampleur . »

Jouant de styles hétéroclites, musiques savantes et populaires sont au coude à coude dans un miracle permanent. Si le rythme de marche fédère divers épisodes musicaux (Marche du soldat, Marche royale, Marche triomphale du Diable), l’ambiance sereine de la Pastorale, du Grand Choral, joue du ton sentimental. Quant aux danses à la mode – tango, valse et ragtime des Trois danses – Stravinski les intègre en toute jubilation à sa partition, lui qui est si curieux des accents syncopés du jazz récemment introduit en Europe. Cette fragmentation consciente des styles, d’ailleurs non dénue d’humour, sonne toujours aussi « moderne » aujourd’hui. Faut-il sauver le soldat de Ramuz et Stravinski ? Oui, en créditant ce théâtre musical, un siècle après sa création, d’être toujours pertinent dans sa forme et son message scandé par le diable - Qui les limites franchira / En mon pouvoir tombera (Couplets du diable) … Après avoir fasciné J. Genêt, nous aussi, spectateurs-auditeurs, sommes sous les sortilèges de ce diable d’Igor. S. Teulon Lardic